"Jacques de Vitry" livre ses premiers secrets 
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Les examens déjà effectués permettent de préciser la datation des ossements attribués à Jacques de Vitry ainsi que l’âge du sujet au moment du décès. Les premiers résultats obtenus tendent à confirmer la tradition historique : les ossements datent du 12/13e siècle et concernent un individu décédé à environ 60 ans.


Ces données indiquent qu’il pourrait s’agir de Jacques de Vitry, l’évêque de Saint-Jean d’Acre né entre 1160 et 1180 en Champagne et  décédé le 1er mai 1240 à Rome. Jacques de Vitry contribua à la renommée du prieuré et à la constitution du Trésor d’Oignies, il confia sa dépouille et ses richesses au prieuré d’Oignies où il sera inhumé en 1241. La prochaine étape du projet CROMIOSS (Études croisées en Histoire et en sciences exactes sur les mitres et les ossements de l’évêque Jacques de Vitry).est une analyse comparative de l’ADN prélevé dans les ossements et sur les mitres du Trésor d’Oignies. Celle-ci devrait permettre de compléter les premiers résultats et de vérifier si les propriétaires des ossements et des mitres étaient bien une seule et même personne.

En septembre dernier, le tombeau-reliquaire de l’évêque Jacques de Vitry et un cadre-reliquaire exposant un os long ont été transférés de l’église Sainte-Marie d’Oignies à l’UNamur dans le cadre du projet scientifique CROMIOSS. L’inventaire détaillé du tombeau-reliquaire relève la présence de 26 os et 7 dents. Il s’agit principalement d’un crâne presque complet mais érodé et d’os longs des membres supérieurs (bras, avant-bras et mains) et inférieurs (jambes et pieds dont un tibia gauche et deux péronés). L’os exposé dans le cadre-reliquaire est un tibia droit, il a également fait l’objet d’analyses.

Un individu d’environ 60 ans et mesurant 1,65 m
Les pièces osseuses et dentaires ne sont présentes qu’en un seul exemplaire, ont un stade de développement similaire, ont des dimensions comparables et présentent la même coloration. Les ossements du tombeau-reliquaire pourraient donc bien appartenir à un seul individu. Par ailleurs, les deux tibias - le gauche provenant du tombeau-reliquaire et le droit du cadre - présentent des dimensions très similaires – sur base de 11 mesures effectuées - et pourraient par conséquent provenir de la même personne. Le  péroné droit présente une fracture qui a été bien consolidée, l’os ne présente pas de déformations, ce qui indique que le sujet a probablement été immobilisé durant la période de consolidation de la fracture. Pour estimer l’âge du sujet au décès, trois méthodes d’analyse ont été appliquées : l’usure dentaire, l’oblitération des sutures crâniennes (articulations fixes qui séparent les différents os du crâne) et la cémentochronologie (comptage des anneaux de cément, le tissu qui entoure la racine dentaire). La première méthode donne un âge situé entre 30 et 60 ans, la seconde entre 45 et 55 ans et la troisième à 57/58 ans ± 4 ans. La troisième méthode étant la plus précise, l’âge biologique de l’individu se situerait donc aux alentours de 60 ans. Une estimation corroborée par la faible présence de signes d’arthrose, une pathologie dégénérative associée à l’âge avancé. Sur base de la longueur du tibia gauche (35 cm), la stature du sujet est estimée à environ 1,65 m suivant la formule développée par Olivier et al.  en 1978.

Un sexe à déterminer
En l’absence du bassin, l’os qui présente le plus de différences entre un sujet masculin et un sujet féminin, la détermination du sexe a été effectuée sur base du crâne. L’homme présente habituellement un relief osseux plus prononcé au-dessus des arcades sourcilières et une mastoïde - protubérance sur l’os temporal à l’arrière de l’oreille  - plus ronde et plus massive. Le relief de la zone nucale, zone d’insertion musculaire, est également habituellement plus marqué chez l’homme.  Le crâne attribué à Jacques de Vitry présente un mélange de caractéristiques masculines et féminines, le seul examen anthropologique ne permet pas donc pas de déterminer son sexe.

Des insectes nécrophages et granivores dans le tombeau-reliquaire
Lors de l’exhumation, les ossements étaient enveloppés dans un textile noir qui contenait également un amas fibreux grisâtre. On y a relevé la présence de petits fragments d’os, de morceaux de roche blanchâtre, de restes végétaux, de fibres textiles blanches et rouges, de paillettes dorées et de restes d’insectes : pupes, larves et insectes adultes. La détermination des insectes montre la présence de différents groupes de coléoptères  dont des  xylophages (se nourrissant de bois), des détritiphages (se nourrissant de débris animaux, végétaux ou fongiques), des nécrophages (se nourrissant de cadavres) et des granivores (se nourrissant de graines). Une datation des insectes au carbone 14 permettra de déterminer s’ils sont bien contemporains des ossements.

Des ossements du 12e/13e siècle
De petits échantillons ont été prélevés sur le tibia gauche présent dans le tombeau-reliquaire ainsi que sur le tibia droit exposé dans le cadre pour une analyse du carbone 14 contenu dans la matière organique. Le tibia gauche peut être daté entre les années 1030 et 1190 et le droit entre 1205 et 1280. Ces résultats sont encourageants par rapport à la tradition historique sur Jacques de Vitry (né entre 1160 et 1180 et décédé le 1er mai 1240) et une analyse contradictoire du carbone 14 sera menée afin de vérifier l’exactitude des datations.

Prochaine étape : analyse de l’ADN
Les doutes quant au sexe de l’individu et à l’appartenance des ossements devraient être levés grâce à l’analyse ADN. La comparaison de l’ADN présent dans les mitres du Trésor d’Oignies avec celui des ossements permettra ensuite de déterminer s’il s’agit d’une seule et même personne, une personne qui pourrait être Jacques de Vitry. L’objectif de cette analyse est de mettre en évidence une possible concordance entre le porteur des mitres et le propriétaire des ossements qui sont conservés dans cette église. L’analyse comparative des ADN marquera la fin du premier volet de CROMIOSS.

Le deuxième volet du projet consiste en une étude approfondie des mitres du Trésor d’Oignies selon plusieurs méthodes scientifiques : analyse par spectre de masse, spectroscopie micro Raman pour analyser les pigments des miniatures, examen macroscopique pour étudier les fils d’or et d’argent… Ces recherches sont destinées notamment à dater les mitres et à les recontextualiser notamment au sein du Trésor d’Oignies, grâce à l’obtention de nouvelles informations telles que la provenance du parchemin, les pigments dans les enluminures, les techniques de tissage, l’analyse des colorants textiles et l’identification des types de fibres. Autant d’informations qui devraient permettre de lever un coin du voile sur de nombreuses inconnues relatives au Trésor d’Oignies, comme la provenance des mitres et leur contexte de fabrication.

Reportages vidéo sur YouTube par Cultura Europa.
Photos: ©Guy Focant

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