catarina bisLA SOLITUDE DE L'INVENTORIEUSE
DE FONDS

 

 

Pour un stage en Histoire de l'Art en dehors de son Portugal natal, Catarina Pereira a choisi de venir à Namur. Depuis février dernier, elle s’est confrontée à la hantise de tout lieu de conservation du patrimoine : l’inventaire.

Après l’obtention en 2015 de son Master en Histoire et patrimoine à l’université de Porto, Catarina Pereira a découvert, via son site Internet, que la SAN avait fondé 3 musées et qu’elle disposait d’un cabinet numismatique, elle a donc choisi notre institution pour perfectionner ses compétences. Catarina avait effectué son mémoire sur la médiation patrimoniale, plus précisément les interactions entre les musées et les publics scolaires. « Les écoles sont un public important pour les musées et les sites de patrimoine, j’ai évalué leurs relations notamment par l’observation, l’enquête et l’adaptation d’instruments d’évaluation ». Elle a effectué son enquête au Museu Casa do Infante à Porto où elle avait été précédemment volontaire pendant 9 mois pour effectuer des inventaires.

Dans son formulaire de candidature pour un stage dans le réseau Eurodyssée, Catarina a donc tout naturellement  coché la case « inventaire », une aubaine pour la SAN qui souhaitait compléter le catalogue de son fonds de bibliothèque documentaire, un travail indispensable avant de pouvoir utiliser ces sources potentielles pour de futures recherches. Selon les thèmes traités, les ouvrages devaient être répartis dans deux lieux : les réserves du Musée archéologique à Terra Nova et les locaux de la SAN pour des sujets comme l’histoire de l’art et la numismatique.

« Fastidieux  mais indispensable ! »
A la voir constamment appliquée dans la compréhension des données et l’encodage des milliers de livres et d’archives (cartes, photos, rapport de fouilles…), on pensait que Catarina pouvait endurer ce travail solitaire et silencieux pendant 3 mois sans jamais se plaindre. Tout historien passionné a cependant ses limites et le mot inventaire finit tôt ou tard par faire soupirer les plus pugnaces. Après plus de 2 mois à inventorier et inventorier encore sans montrer aucun signe de lassitude, Catarina finira par avouer, tout en retenue et avec le sourire, que « c’est fastidieux mais c’est indispensable ! ». Au même titre qu’une omelette ne se conçoit pas sans un minimum de sacrifices, on ne peut pas constituer une bibliothèque sans connaître précisément son contenu. Ce travail, outre son utilité, a eu également des vertus pour Catarina : « J’ai amélioré mon niveau de français en notant le titre, l’auteur, le sujet…Par contre je ne parle pas allemand et 30% des livres étaient en allemand… ». Une fois ce travail terminé, Catarina a proposé de terminer sa période de 3 mois de stage en effectuant… un autre inventaire.

A la rescousse de François Cajot
Le cabinet numismatique François Cajot, géré par Alain Fossion, Administrateur de la SAN, conserve toutes les monnaies et moyens d’échange  de la région namuroise depuis leur apparition jusqu’au 20e siècle, soit une période d’environ 4 000 ans. Parmi les objets remarquables, on trouve des paléomonnaies, des monnaies grecques, gauloises, romaines et mérovingiennes, ou encore des monnaies de la période des comtes et des sièges de Namur, mais également des trésors. Dans le langage de la numismatique, un trésor est un ensemble de monnaies, trouvées ou rapportées ensemble dans un but de circulation d’épargne ou encore de fondation religieuse, pour une offrande par exemple.  Parmi les ensembles monétaires non étudiés, le Cabinet numismatique conserve cinq trésors qui ne sont pas encore inventoriés dont un comptant environ deux mille pièces et un autre d’une trentaine de monnaies provenant de fouilles menées à Baudecet (Gembloux) par Archeolo-J il y a une vingtaine d’années. Racheté par la SAN ce dernier ensemble comporte notamment une tablette en or avec une inscription en gaulois, il n’a pas encore fait l’objet d’une description. Catarina a commencé par l’identification des monnaies, une tache ardue étant donné que certaines faces sont presque illisibles, avant, évidemment, de les inventorier. Cocher une simple case dans un formulaire et travailler vite entraîner des conséquences, à la parution de cet article, Catarina a déjà entamé un nouvel inventaire: le contenu d’un meuble Renaissance rempli de monnaies, françaises et romaines notamment. Elle a déjà identifié un exemplaire rarissime: un tiercelet de Jean II Comte de Namur, une pièce connue à quatre exemplaires dans le monde. La SAN est donc le propriétaire du 5e exemplaire, un sujet d’importance sur lequel Catarina peut envisager d’écrire un article.

Comme parenthèse entre deux encodages, Catarina a également assisté l’équipe pédagogique durant les animations des congés de Carnaval et les ateliers « Le TreM.a passe à table ». Elle a apprécié l’expérience : « Elles – les animatrices, NDLR - sont très créatives et elles parviennent à ne pas trop donner d’informations, elles sélectionnent un sujet et le traitent à fond sans ennuyer les enfants. Ils sont totalement « engagés » par ce qu’ils font, sinon on le verrait tout de suite ». On ne lui demandera pas ce qu’elle a préféré entre les activités pédagogiques et les inventaires, mais Catarina a en tout cas choisi de prolonger son stage à la SAN de 3 mois supplémentaires. Certainement autant de nouvelles cases à cocher sur de futurs formulaires…

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