Une "poupée de Malines" très raffinée
 
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Vierge à l’Enfant 
Malines.Milieu du 16e siècle.
Albâtre partiellement doré et polychromé (le visage de la Vierge a sans doute perdu de sa définition, ainsi que sa polychromie, pendant des campagnes de nettoyage au cours des siècles).
H. : 49,2 cm.
Namur, Musée de Groesbeeck-de Croix – Musée des Arts décoratifs. Coll. de la Société archéologique de Namur, inv. n° 101
 
La figure de la Vierge à l’Enfant est une thématique récurrente en sculpture religieuse. Entre le 11e et le début du 13e siècle –bien que de nombreux exemples d’archaïsmes puissent être relevés dans les collections de la Société archéologique de Namur –, la Vierge est généralement représentée assise sur un trône, servant elle-même de siège au Christ miniature qu’elle tient sur ses genoux.
 
On parle alors des Sedes Sapientiae , ou Trône de la Sagesse. Marie, Mère de Dieu, Reine des Cieux, est proposée comme modèle de perfection spirituelle. Dès le 13e, en parallèle à l’évolution du culte marial, la Vierge s’humanise. Sa relation à l’Enfant se fait notamment par l’entremise d’un jeu de regards.  
 
Cette Vierge à l’Enfant en albâtre du milieu du 16e siècle serait presque l’incarnation de l’amour maternel. L’Enfant, assis dans la main droite de la Vierge, s’agrippe d’une main à l’épaule de sa mère et de l’autre au drapé qu’elle porte entre les seins. Une relation d’une grande tendresse donc, qui pourrait évoquer de façon raffinée que c’est par l’amour de Dieu, qui a envoyé son Fils sur la terre, que les péchés du monde furent pardonnés.
 
Le raffinement est le mot clef de cette statuette. Notez la finesse des traits et des mains aux doigts fuselés (avec les deux doigts du milieu rassemblés de manière élégante). Remarquez le diadème à feuillage stylisé et doré sur fond noir et à motif de perles et de cabochons, le double rythme des plis ondulants, l’un avec de petits accents, l’autre avec des lignes de force. Voyez le galon, dont les traces de dorure, de rouge, de bleu foncé et de vert foncé suggèrent une riche polychromie et soulignent encore la préciosité de l’œuvre. Enfin, admirez les coiffures particulièrement décoratives, avec les belles boucles de l’Enfant et les longs cheveux ondulés de la Vierge.
 
En 1932, Ferdinand Courtoy, alors conservateur des collections de la Société archéologique de Namur, comparait la statuette avec un fragment de relief actuellement inséré dans un petit retable de dévotion privée, une production malinoise du 16e siècle conservée aux Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles. On peut également comparer cette statuette avec un relief de la Vierge à l’Enfant en albâtre, conservé au Gruuthusemuseum à Bruges. Mais le lien avec Malines peut se renforcer également au regard des poupées de Malines, ces petites statues en bois polychromé et doré destinées à une dévotion privée et dont le succès fut considérable. Bien qu’autrement plus luxueuse, cette statuette en albâtre est du même type d’un point de vue dévotionnel : la grande inscription « MARIA » n’est pas le titre de l’œuvre mais bien une forme de prière inscrite dans l’albâtre.
 
Mais alors, nous direz-vous, que vient faire cette production malinoise dans une collection namuroise ?
 
Il faut remonter à 1877 pour découvrir dans le registre des collections de la Société archéologique, sous le numéro 14067, l’entrée d’une "Statue en albâtre de la Vierge, travail italien de la Renaissance [sic], provenant de la Chapelle de l’ancien Conseil provincial, rue du Président. Don des Sœurs Sainte-Marie" , dont l’Institut occupait le bâtiment du Conseil provincial. On pourrait très bien imaginer que cette petite statuette ait fait partie d’une chapelle liée à l’exercice du pouvoir, hypothèse que le style et les dimensions de l’œuvre pourraient corroborer.
 
  
Pour en savoir plus :
 
N. BASTIN, L’Hôtel de Groesbeeck-de Croix, dans Musées de Namur, coll. Musea Nostra, Bruxelles, 1988, pp. 104-105 ; A. BEQUET, Antiquités namuroises du Moyen Âge, de la Renaissance et objets divers, dans ASAN, 14, 1877, p. 528 ; F. COURTOY, Vierge en albâtre, XVIe siècle, dans Namurcum, 9, 1932, pp. 17-22 ; F. COURTOY et J. SCHMITZ, Mémorial de l’exposition des trésors d’art, Namur, 1930, pp. 48-49 ; E. DEL MARMOL, Rapport sur la situation de la Société archéologique de Namur 1877, dans Rapports 1865-1880, Namur, 1878 ; Extravagant. Een kwarteeuw Antwerpse schilderkunst herontdekt /1500-1530, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen/Bonnefantenmuseum, 2005-2006 ; A. LIPIŃSKA, Wewnętrzne Światło. Południowoniderlandzka rzeźba alabastrowa w Europie środkowo-wsxchodniej, Wydawnictwo Uniwersytetu Wrocławskiego, Wrocław, 2007, ill. 173 ; L. LOCK, Art and manufacture of Netherlandish wood sculpture c. 1600-1750, dans Sculpture Journal, 12, 2004, pp. 22-34 ; La Madone dans l’art, MRAH, 1954 ; H. PAUWELS, H. R. HOETINK et S. HERZOG, Jan Gossaert genaamd Mabuse, Museum Boymans van Beuningen, Rotterdam / Groeningemuseum, Brugge, 1965 ; N. TILLIÈRE, Courtes notices sur les Vierges les plus connues au diocèse de Namur, Namur, 1904.
 
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